Billet n°107 lundi 16 avril 2007

Pour chasser les périls, votons Ségolène !
Il faut casser la gauche socialiste. L’offensive générale est lancée.
Elle se poursuivra après les élections.
Ce week end les partisans de la gauche mollo-centriste ont fait fort.
Ils ont sorti le cacochyme Rocard et le mondain Kouchner, mollement
contestés par les Moscovici et autres Strauss Kahn, ceux là mêmes qui
comptaient sur le succès du oui au referendum pour débarrasser
définitivement le pays des « chimères du socialisme » . Et, histoire de
nous abattre le moral, ils ont fait paraître un sondage donnant
Ségolène
éliminée au premier tour et publié, devinez par qui ?, par le Nouvel
Obs, hebdo des « bobos » . Toutes ces initiatives pour nous persuader
que le vote utile serait Bayrou ! Utile à quoi ? L’alliance au centre,
outre qu’elle est politiquement sans intérêt pour ceux qui veulent une
autre société, c’est l’assurance d’une division durable de la gauche et
de la victoire durable de la droite. «Gardez moi de mes « amis », …. !
De son côté Jean François Kahn apporte sa contribution dans /Marianne/.
Rien de surprenant de sa part. Son choix centriste est connu depuis
longtemps. Il nous conjure de battre Sarkozy parce que c’est un fou !
Le
candidat UMP est dangereux. Chacun se plait à répéter qu’il n’est pas
facho mais…, ce n’est pas la caricature qu’on en fait mais…, il
présente
en tous cas tous les traits d’un dangereux caractériel. Avec lui
l’opposition est un crime, la liberté de la presse une illusion, le
simple désaccord une attitude de lèse majesté. Tout cela est vrai.
Mais la ficelle est un peu grosse. Rappelons qu’en 2002 la droite nous
a
fait le coup : elle nous a fait voter Chirac pour éviter le pire. Cette
fois ci, pour éviter le pire Le Pen, pour éviter le pire Sarkozy, il
nous faudrait, nous suggère-t-on, voter tout de suite pour Bayrou !
Faudrait-il que la gauche soit toujours offerte en sacrifice sur
l’autel
de la démocratie ? Que chacun donne sa part. Nous à gauche, en 2002, on
a déjà donné. Sans retour d’ailleurs !
Oui le Pen est dangereux, oui Sarkozy est dangereux. Que tous les
défenseurs de la liberté et de la démocratie se bougent ! Il n’est
interdit à personne de voter Ségolène Royal. Massivement et dès le
premier tour !
Les nouveaux « jaunes »
Il doit exister une certaine fatalité. Les socialistes qui fréquentent
les sommets y perdent leur souffle. Les G6, G7, G8, les rencontres de
Davos, les réunions européennes, la fréquentation des grands, semblent
instiller dans leurs esprits le poison du libéralisme.
Ah le plaisir de se retrouver entre gens « responsables », gens «
raisonnables », baignant dans le politiquement correct. Ah ce confort
d’être admis au rang des personnes fréquentables ! Etre cajolés,
félicités, encouragés, complimentés, à la seule condition de ne pas
tenir de discours iconoclastes. Recevoir le brevet de meilleur
économiste de leur pays, pourvu que l’on consente à faire mouvement
vers
l’adhésion aux fondements de l’économie capitaliste. C’est fou ce qu’en
France nous formons, à gauche, comme « meilleurs économistes » !
Et comme Daladier rentrant de Munich après avoir tout lâché à
l’Allemagne, il leur arrive même d’être couverts d’éloges par la presse
bourgeoise quand ils rentrent au pays. Etre à la fois socialiste et
reconnu de tous les adversaires du socialisme, n’est ce pas prodigieux
?
N’est-ce pas le signe d’une indéniable supériorité ?
Ce sera bientôt l’anniversaire de la mort de Pierre Bérégovoy. J’aimais
bien Pierre. C’était un homme sincère. Et je reste convaincu que ce
dont
il est mort , ce n’est pas de la balle qu’il s’est tirée, c’est d’avoir
pris soudain conscience qu’il s’était fait manipuler, que la droite
s’était joué de lui en le transformant lui aussi en ce meilleur
économiste de France dont elle avait besoin ! Au lendemain de la
défaite, il ne l’a pas supporté. C’est ce que j’avais appelé à l’époque
le syndrome du Pont de la Rivière Kwaï. Apparemment d’autres sont moins
lucides. Ils ont pris de mauvaises habitudes et pensent être enfin
sortis du lot. Leur talent est enfin reconnu du patron ! Autrefois dans
le monde ouvrier, on les appelait les « jaunes » !
Jacques Fleury
