La volatilité des sondages
Tous les sondeurs l’ont souligné abondamment : François Bayrou est le candidat qui, dans les enquêtes d’opinion, dispose de l’électorat le plus volatil. Près de la moitié des personnes interrogées qui disent avoir l'intention de voter pour François Bayrou au premier tour ne sont pas sûres de leur choix et pourraient changer d’avis.
Un phénomène « normal », selon le directeur de l’institut CSA, Roland Cayrol, dans la mesure où ce sont des électeurs nouveaux et donc forcément les moins solides, qui peuvent encore être influencés par la campagne. « La principale faiblesse de François Bayrou est que sa progression s’est construite par défaut », insiste Jérôme Sainte-Marie, de BVA. Le défi du candidat de l’UDF est donc de parvenir à fidéliser ces nouveaux électeurs, « sans quoi il peut très rapidement retomber à 13 ou 14 % », explique Brice Teinturier, de TNS Sofres.
Le nombre d’électeurs indécis reste très importantÀ cinq semaines du premier tour, entre 45 et 55 % des personnes interrogées n’ont pas encore arrêté leur choix. Une proportion plus ou moins équivalente à l’élection de 1995 et plus importante qu’en 2002, selon CSA. « Ça peut tout changer », confirme Roland Cayrol.
Ce dernier rappelle qu’en 2002, 17 % des électeurs s’étaient décidés le jour du vote et que les trois dernières élections présidentielles ont montré qu’une mauvaise campagne pouvait entraîner une chute précipitée, comme ce fut le cas pour Raymond Barre, Édouard Balladur et Lionel Jospin. « Les Français n’ont pas encore cristallisé leur choix, confirme Brice Teinturier de TNS Sofres. Nous sommes incapables de dire si la dynamique Bayrou peut se poursuivre ou si elle a désormais atteint un plafond. »
L’offensive de ses adversairesNicolas Sarkozy souhaitait faire campagne au-dessus de la mêlée et des partis, n’hésitant pas à donner des gages à la gauche. Un créneau désormais occupé par François Bayrou. Pour consolider son socle électoral, le candidat de l’UMP se voit contraint de se déplacer à droite sur l’échiquier politique. Ce qu’il fait depuis une semaine, avec des propositions pour durcir encore le regroupement familial ou créer un ministère de l’immigration et de l’identité nationale.
Une « cellule anti-Bayrou » a même été créée à son QG de campagne. Au PS, la consigne est de « renvoyer Bayrou à droite tout en tendant la main à ses électeurs ». Les responsables socialistes montent donc au front pour refuser la proposition d’alliance du candidat centriste. Ségolène Royal, elle, va remettre à l’honneur les thèmes qui marquent sa différence, notamment la sécurité et l’éducation.
Son passé politiqueLe discours centriste de François Bayrou, à équidistance de la droite et de la gauche, souffre de deux handicaps. Premièrement, l’UDF a toujours participé à des gouvernements de droite. Et le parti compte toujours un membre dans l’actuel gouvernement : Gilles de Robien. Ce dernier défend toutefois au sein de l’UDF une ligne, minoritaire, d’alliance avec l’UMP.
François Bayrou a ainsi été ministre de l’éducation nationale des gouvernements d’Édouard Balladur (1993-1995) puis d’Alain Juppé (1995-1997). Deuxièmement, même si une dizaine de députés a voté en mai 2006 une motion de censure contre le gouvernement de Dominique de Villepin, l’UDF est toujours l’alliée fidèle de l’UMP dans les collectivités locales.