Société
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Pierre de Poret, président de la Fédération française des banques alimentaires : « On ne peut plus continuer comme cela »
le 16/06/06 Réaliser une enquête sur la précarité en interrogeant ceux qui la vivent au quotidien. Telle a été la démarche de la Fédération française des banques alimentaires (FFBA) qui a ainsi voulu mieux connaître la situation des personnes bénéficiant des aides alimentaires ainsi que les attentes de ceux qui les accueillent (associations et centre communaux d’action sociales partenaires de la FFBA). Au final, les résultats ne font que constater une réalité bien connue des acteurs sociaux, mais pas forcément toujours visible pour la population, tirant ainsi une nouvelle fois la sonnette d’alarme, et ce, face à un Etat de plus en plus désengagé.
« Ce qui nous frappe, c’est un environnement social qui se dégrade » déplore Pierre de Poret , président de la Fédération française des banques alimentaires (1), à la lecture des résultats de l’enquête nationale indépendante réalisée par l’Institut CSA à la demande de sa fédération. « On ne peut pas continuer comme cela ». Comportant deux parties -d’une part la situation et les attentes des associations et centres communaux d’action sociale, d’autre part le portrait des personnes accueillies-, la synthèse de cette étude sera disponible dès le 19 juin sur le site Internet de la FFBA, mais les premiers résultats publiés ont de quoi inquiéter et démentent quelques idées reçues.
En 2005, les 79 banques alimentaires réparties sur tout l’hexagone ont distribué 71000 tonnes de denrées (équivalant à 179 millions d’euros) à 4 680 associations et organismes sociaux. Ainsi tout au long de l’année, environ 744 000 personnes ont pu bénéficier de cette aide alimentaire représentant l’équivalent de 142 millions de repas.
Selon le sondage réalisé au cours du mois d’avril 2006, plus de la moitié des personnes ont recours aux aides alimentaires depuis plus d’un an, 5% depuis plus de 10 ans. Selon Pierre de Poret, « la demande est en augmentation ».
Au niveau national, la moitié de ces bénéficiaires vivent seules sans enfant, et près d’un quart sont chef d’une famille monoparentale. La plupart (1 personne sur 2) est âgée entre 26 et 50 ans et 72% sont de nationalité française.
Parmi les bénéficiaires de l’aide alimentaire, une part importante est peu insérée socialement : 43% reçoivent le RMI ou des allocations diverses tandis que 10% sont chômeurs. Pourtant, près de 1 personne sur 10 (9%) est salariée et 16% sont retraités. De même, loin des idées reçues, l’enquête relève que la plupart ne sont pas « sans domicile » : 67% ont un logement durable.
En Ile-de-France, la situation est particulièrement préoccupante car regroupant de nombreuses personnes en difficulté. La population aidée y est nettement plus jeune (48% des bénéficiaires ont moins de 18 ans). De plus, 33% n’ont pas de logement (contre moins de 10% au niveau national) et 58% sont étrangers, venant pour moitié de pays hors UE.
Côté associations, l’étude confirme la nécessité d’une action qui dépasse le cadre de la distribution de denrées : action sociale, développement de la santé, de l’aide à la réinsertion, de l’accompagnement, … Pour Pierre de Poret, « il s’agit d’adapter l’aide à chaque personne, en action combinée avec les travailleurs sociaux, pour éviter la tentation de l’assistanat. Il faut donc accentuer nos actions de formation à destination des bénévoles ».
Et celui-ci de tirer la sonnette d’alarme sur les conditions de plus en plus difficiles des acteurs sociaux : « on ne peut passer sous silence le manque de moyens des associations pour répondre en terme de qualité et de quantité à la demande (…). Nous interpellons donc les pouvoirs publics, qui ont délégué leurs actions sociales, mais qui se soucient assez peu des conditions dans lesquelles celles-ci s’exercent. Ils doivent donner les moyens à nos partenaires, ne pas les laisser se débrouiller seuls. Ils sont responsables ».
Nolwenn Macouin
(1) La fédération française des banques alimentaires (FFBA) regroupe aujourd’hui 79 banques alimentaires sur l’ensemble du territoire français. Celles-ci collectent gratuitement des denrées auprès de plusieurs sources d’approvisionnements (producteurs, industrie agro-alimentaire, grande distribution, Union européenne, grand public). Ensuite, elles partagent ces denrées avec un réseau de 4 700 associations et organismes sociaux de proximité. Un tiers sont des associations indépendantes, un tiers sont des CCAS (centres communaux d’action sociale) et moins d’un tiers appartiennent à un réseau associatif national.