L'impôt sert à quatre choses : rembourser la dette, couvrir les frais de fonctionnement de l'Etat, faire fonctionner les services publics et investir. Si la théorie des incitations plaide largement en faveur d'une utilisation parcimonieuse des deniers publics, le principe d'optimisation impose à l'Etat d'investir dans les secteurs qui font la croissance et qui sont, d'après les nouvelles théories de la croissance, le capital humain et la recherche et développement. Investir dans ces secteurs est rentable, c'est-à-dire qu'un euro investi aujourd'hui rapportera plus d'un euro demain. Par conséquent, il n'est absolument pas absurde que l'Etat emprunte pour financer les investissements nécessaires à la croissance. Le programme de S. Royal est bien le plus en phase avec cette vision des choses.Bayrou, Royal et Sarkozy se sont engagés à diminuer l'endettement du pays. Mais Bayrou a prévu de le faire aux dépens des investissements nécessaires, ce qui est bien entendu absurde. Il prévoyait aussi de renforcer l'efficacité de la fonction publique mais s'est empressé par pur électoralisme de garantir les moyens actuels de l'Education nationale. Il s'agit pourtant du premier poste du budget et nul ne peut ignorer qu'il n'est pas exempt de gaspillages. La crédibilité « libérale » de sa réforme de l'Etat est donc bien entamée. Sarkozy, quant à lui, compte diviser le nombre de fonctionnaires par deux, ce qui est suffisamment flou pour n'inquiéter personne mais présage de coupes dans les comptes sociaux, dont on verra qu'elles ne relèvent pas non plus de la philosophie libérale. Ségolène Royal par contre a clairement annoncée la couleur libérale de son projet. Investissement massif dans l'éducation, la recherche et réforme courageuse de l'Etat. Mais en retour dans son discours de Choisy, elle a loué les fonctionnaires indispensables, en commettant un certain nombre d'oublis bien choisis, qui préfigurent de l'endroit où vont être réalisées les économies : principalement dans les administrations. Pour la méthode de réforme, elle est clairement libérale puisqu'il s'agit de décentraliser, c'est-à-dire de rapprocher les contribuables des agents de la collectivité, ce qui crée une concurrence fiscale entre les régions, propre à éviter les gaspillages et accentue le contrôle des usages sur les services publics. Incitations, optimisation, libéralisme.
Cet article a été rédigé par un reporter d'AgoraVox