ANTOINE Gérald, Citoyen et élu municipal à CORBIE - Somme - Picardie. Actualités socio-culturelles et politiques.
Billet n°82 mercredi 28 février 2007
Inacceptable ! Le plan de restructuration d’Airbus risque de faire mourir toute une région. L’avenir de milliers de familles est lourdement compromis. L’effort d’investissement consenti par le Conseil régional de Picardie sur le site de Méaulte risque d’être totalement inutile. Tout cela parce que des dirigeants se chamaillent depuis quelques années, et que certains se sont montrés incapables de faire face à leurs obligations. Rappelons en effet que les problèmes de câblage électrique à l’origine des retard de l’A380 sont le résultat des défaillances du site d’Hambourg qui pourtant avait réclamé à grands cris cette part du gâteau !
Dans le cas d’une crise aussi grave, chacun cherche des responsables: la faute aux industriels, la faute aux politiques, la faute à l’Europe…
Il est vrai que ce qui était jusqu’alors présenté comme l’une des réalisations les plus symboliques de l’Europe risque de devenir le symbole de son échec. On peut en effet s’étonner que la coopération entre les diverses nations se soit soldée par la réalisation de bouts d’avions dans des sites disséminés ici et là ! Le souci de faire plaisir à chaque pays semble l’avoir emporté sur celui de l’efficacité. L’esprit de clocher n’est pas mort. Mais ce n’est pas la première fois, dans ce dossier, que la France abandonne à l’Allemagne, une part plus importante que justifiée soit dans la répartition de la charge de la production soit dans les sacrifices sur l’emploi.
Quand on l’interroge sur la réponse à la crise, M. Sarkozy nous explique qu’Airbus devrait être une entreprise comme les autres : sous entendu, laissons aux industriels le soin de licencier comme ils l’entendent ! Les pouvoirs publics n’auraient rien à dire, selon lui, dans cette affaire. Rappelons pourtant que sans l’intervention des pouvoirs publics, et d’abord l’Etat français, jamais Airbus n’aurait connu l’expansion qui en fait la rivale toujours performante de Boeing. Le « laisser-faire » que préconise le candidat UMP c’est le risque, à terme, de voir partir vers les pays à bas coûts, de nouveaux pans de notre industrie, et pas les moins performants. Que restera-t-il bientôt de l’industrie française ?
Dans un communiqué, EADS explique que le plan de restructuration « Power 8 » devrait permettre «à Airbus de faire face au défi de la faiblesse du dollar,… » Constatons que les dirigeants d’Airbus dénoncent, même indirectement, comme nous le faisons depuis longtemps, la politique de la Banque Européenne qui se traduit par la surévaluation de l’euro, rendant plus difficiles, par nos prix élevés, nos exportations.
La condamnation de cette politique fut l’un des thèmes de la bataille du referendum en 2005. Elle reste, on le voit bien, d’actualité. Chacun constate que parmi ceux qu’on appelle les « grands candidats », aucun n’a voté Non à ce referendum. C’est même ce qui m’avait amené – ce n’est pas un secret – à choisir Laurent Fabius plutôt que Ségolène Royal lors des primaires internes au parti Socialiste. Mais le désaccord que j’avais avec Ségolène Royal portait plus sur la tactique que sur le fond. Elle pensait comme la majorité des socialistes que nous serions plus efficaces en acceptant le traité. Moi je continue à penser le contraire. Mais nous étions d’accord, et nous le sommes toujours, pour constater que l’Europe ne pouvait être acceptable dans sa caricature ultra-libérale, pas plus que n’était acceptable la Banque Européenne telle qu’elle fonctionne, pas plus que n’est acceptable la concurrence déloyale que provoque à l’intérieur de l’Europe l’absence d’harmonisation sociale ou fiscale ou à l’extérieur l’absence de protection face aux productions de pays qui ne respectent ni les normes environnementales ni les normes sociales minimales.
Ces points d’accord entre ceux qui à gauche ont voté « oui » et ceux qui ont voté « non » nous distinguent ensemble de Sarkozy ou de Bayrou qui acceptent l’Europe telle qu’elle est, vaste marché plus ouvert à tous les vents que ne le sont les marchés américains, chinois, indiens ou japonais.
Aujourd’hui le « non » au referendum doit être transformé en un acte positif en faveur d’une présidence qui écoute ce qu’ont dit les Français en 2005. Or Nicolas Sarkozy reste droit dans ses bottes : il veut l’Europe que les Français ont condamnée. Il estime que les Français ne comprennent rien à rien. Il ne veut même plus les consulter. Il l’avoue sans pudeur : pour être certain de faire approuver le futur traité qu’il appelle de ses vœux, ce n’est pas le peuple qu’il consultera par referendum, mais une Assemblée Nationale qu’il espère bien être à sa botte.
Jacques Fleury.