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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 22:35

Alors que la plupart de ses collègues députés roulent dans de grosses berlines, René Dosière est au volant de la même Nissan Micra depuis2003.

Avec ses questions et sa façon d'être député, il embête tout le monde. Portrait d'un gêneur.

L'argent public, le cumul des mandats ? René Dosière est un obsédé. Un casse-pieds. Mais aussi un pionnier qui bouscule la République. «J'énerve prodigieusement », reconnaît le député de l'Aisne apparenté socialiste, candidat à sa propre succession (Laon) en juin prochain.

Sa réputation d'enquiquineur, Dosière en est fier. «Je suis une sorte de vigie qui rappelle des valeurs », glisse-t-il en roulant les yeux avec malice. «Quand je dis qu'un parlementaire à temps partiel est mieux payé qu'un parlementaire à temps complet, bien sûr ça irrite fortement... » Le genre de propos, en effet, qui agace nombre de ses collègues à l'Assemblée.

De droite comme de gauche. «Avec Dosière, on n'aurait plus qu'une caste de députés sans mandats locaux, donc coupés de la réalité de nos concitoyens », s'agace ce parlementaire socialiste.

L'écrêtement dans sa ligne de mire

René Dosière l'admet. Il y a «certains avantages » à être député et élu local. «Ceux qui le veulent peuvent le faire... Mais à quel titre cumulent-ils les indemnités ? J'aimerai qu'ils y renoncent. Cela montrerait au moins qu'ils ne cumulent pas par intérêt matériel. Que je sache, les semaines ont le même nombre d'heures pour tous... »

Derrière ses rondeurs, Dosière c'est le genre malin entêté qui se faufile par le trou de l'aiguille. Le 28 juin dernier, à l'occasion de l'examen d'un projet de loi sur l'outre-mer, il a discrètement fait passer un amendement «anti-écrêtement » avec l'appui d'une poignée d'élus de droite.

Une révolution ! Dans la pratique, un député ou un sénateur qui cumule est plafonné à 1,5 fois l'indemnité parlementaire de base. Soit 8 272 euros par mois. Mais cet élu cumulard a la possibilité de reverser à sa guise le trop perçu à un membre de sa majorité.

Par exemple celui qui le remplace à la mairie ou à la communauté de communes. Même s'il s'agit de sa femme... Une source évidente de dérives. «Je ne suis pas un chevalier blanc. Je dis simplement qu'on doit corriger les abus, explique Dosière. J'ai donc proposé que la part écrêtée soit obligatoirement reversée au budget de la personne publique (N.D.L.R., la collectivité) au sein de laquelle l'élu a exercé le plus récemment. » La majorité au Sénat et à l'Assemblée a immédiatement retiré l'amendement en séance publique.

Mais au fait, le député Dosière s'applique-t-il les conseils qu'il donne aux autres ? Oui ! Lui qui a été conseiller général et maire de Laon tout en étant député ne cumule plus rien depuis 2008. Date à laquelle il a renoncé à un nouveau mandat au département pour donner sa chance à un jeune.

Bientôt un nouveau livre sur l'argent de l'État

Son train de vie ? Il se déplace à l'Assemblée dans une Nissan Micra de 2003. Et comme il trouvait que la déclaration de patrimoine imposée aux députés était insuffisante, il a rendu publics tous ses biens et comptes en banque au centime d'euro près.

Certains pensent qu'il en fait trop. D'autres, qu'il a une âme d'airain. Pourtant, l'homme n'est pas que chipoteur et rigide. Disons même qu'il aime les plaisirs de la vie. À condition que ce soit à l'économie.

Avec lui, une douzaine d'huîtres ne sont pas une entrée. Mais le plat principal. Après, basta, il replie sa serviette. Dit chaleureusement au revoir à Marie-Thérèse (une brasserie populaire de Laon dont il aime l'authenticité).

Direction sa permanence. Un appartement aux papiers peints défraîchis au rez-de-chaussée d'une HLM sans âme. L'attendent six énormes cartons posés dans l'entrée. Tout le budget de la France pour 2012 ! Qu'il va s'empresser d'éplucher, en commençant par les creux les mieux dissimulés. «Son marronnier », vont encore dire ses détracteurs. D 'autres, sur les bancs de l'Assemblée, l'ont déjà traité de « flibustier. » En réalité, c'est une croisade. Sur son bureau - un simple meuble aux pieds chromés - dépasse un gros paquet de feuillets derrière une statuette du Marsupilami qu'il adore depuis l'enfance. Voilà les épreuves de son nouveau livre, L'argent de l'État, un député mène l'enquête (Seuil), à paraître dans quelques jours... On va encore parler de Dosière dans les médias nationaux.

Mais à son tableau, le député n'épingle pas seulement les petits fours de l'Élysée et les parlementaires cumulards. Le 7 décembre, alors que la commission des lois de l'Assemblée préparait un texte sur la limite d'âge des magistrats, il a fait adopter en catimini (encore !) un amendement interdisant à ces mêmes magistrats de recevoir la Légion d'honneur pendant leur carrière...

«Le texte a été voté à la quasi unanimité ! Une vraie nuit du 4 août », s'amuse le député qui n'en revient toujours pas. Une nouvelle fois, son amendement a été supprimé vite fait bien fait, en séance publique une semaine après. Mais Dosière s'est encore taillé un beau succès. À commencer auprès des syndicalistes de la magistrature qui ont salué son culot.

PASCAL MUREAU source le courrier picard

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